* * *
Les levres ont lape le ciel, et a l’inspiration il en restait encore du ciel
pour un lent, plein de culpabilite et d’espoir
encore tu nous aimes
encore tu ne partiras pas – et sur le seuil tu pleureras, a l’expiration

enlaceras les epaules etroites
rempliras le ciel haut de liberte et d’aiguilles de sapin
trinquons ensemble dans nos verres !
pour la liberte de respirer
pour la pierre et l’air
tendrement
et tout est possible

et toi entre nous
et tes mains
et ta parole –le ciel sur tes levres.

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS


* * *
   A la memoire de Veniamin Blajenni

J’aime bien le chien. Tout comme son crane osseux.
Sa robe de clown pleine de poux.
Le voila qui avance sur une cote deserte
et devant lui – bouillonne un ocean de sang.

La bouche saignante du hachoir de l’univers
hurle, et recrache des morceaux d’os.
Le chien, comme une corde – fin et sensible
regarde les homme a travers des cercueils de malheur.

Je savoure un sommeil sucre dans ses poils puants
dans son entrejambe pourrissant et ec?urant.
On ne savoure ce sommeil qu’apres la mort-
Que l’on dorme sur le dos ou sur le cote.

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS




* * *
   A Mikhail Kotchetkov
Je me suis reveille dans une foret en manoeuvre
Les arbres allaient a la guerre
Hey! dis-je severement aux arbres
Et ils me repondirent: Et alors!

J’enfoncai mes dents dans l’ecorce
Je cognai ma tete contre les troncs
Mais ils continuerent a marteler leurs pas
Leurs pas pensifs de troupe

Hey! dis-je aux oiseaux des bois
Immobiles, immobiles dans leurs nids
Pourquoi tout le mode s’en va-t-il, s’en-va-t-il
Et personne ne revient jamais

Et alors ? repondirent les oiseaux
Nous allons a la guerre dans nos nids
Il n’y rien d’etonnant a cela
Dans cet « et alors » pensant et etonnant

Je me suis reveille dans une sueur froide
Dans une maison chaude
Tu flottais sur mon epaule
Je n’ai parle a personne du « et alors ».

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS

* * *
   A Elena Chvarts

Et si on amusait nous-meme
Baladons-nous a Jerusalem

Tu seras assis sur un ane,
Et moi je vais voir a travers la petite fenetre de derriere
Faire du bruit et facher la mort maigrichonne,
danser et chanter devant elle, comme un repas.

Qu’elle hurle et deteste
qu’elle eclate comme une prune et perde la vue
Ni ne blesse ni ne voie,
Les enfants grandir et prendre leurs forces,
Ensuite quitter la cour a l’unisson
Pour se rendre a Jerusalem.
Et il ne nous reste a moi et toi,
du dessous de la terre, du dond de la fosse
Qu’a les regarder des yeux d’une maman.

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS

* * *

Une fille crue cache du raisin
Dans le chaud de sa toison
Comme si c’etait son coeur

Elle est le printemps dont la robe fondante
Flottais dans un verre de ciel
Comme une ame pleurait dans un jardin enchante

Une nuit large de pensees
Sous un foudre de berger
Apprends-moi a meugler
Et a maitriser la volonte obeissante.

Pour que le raisin resonne dans les collines
Comme le bruit d’un tonnerre lointain.

La ou le sang comme la toison hurle
Et un dictionnaire insomniaque dort
Et une pommette s’elargit
Et une ame se fige dans la glace

Tu me parles et tes cheveux me parlent
Comme des ballons legers qui passent sur le coeur
Comme les nouveaux-nes
Comme un tsar s’exclame, danse et baise le raisin
Que les duex des trois haies
Saluent et brillent amicalement

Le printemps telle une cote frele, telle une barque avec son epaule
S’enfonce en etouffant dans du sable de mugissement,
dans les pleurs et la plainte
Pour qu’on l’adopte, qu’on la couvre
Et qu’on lui offre comme une clemence une boisson chaude.

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS


* * *
La pluie est a l’interieur de moi - il pleut, comme il pleut
Je suis reste sans toit depuis ce matin
Maintenant c’est egal qu’il pleuve en dehors ou a l’interieur de moi
Ou encore quelque part

Soit je ne suis pas celui pour qui
Soit j’ai perdu le controle de moi-meme ce matin
Et maintenant la pluie tombe
Dommage qu’il n’y ait pas une goutte de vin

Peut etre d’un pays montagnard
Viendrait un georgien hautain
Et planterait des vignes dans le gosier
Je ne souhaiterais rien de meilleur

Peut etre, moi –meme je trainerai mes pieds
Par cette pluie jusqu’a toi
Dommage que j’aie perdu ma tete
Peut etre, repoussera-t-elle apres la pluie.

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS


* * *
La corde de la conscience
et le sac de la raison
et dans la chambre elle-meme
et hoche la tete

entre ma femme
assois-toi a cote de moi
avec le printemps sur les seins
nue depuis longtemps

avec de l’herbe dans son poing
et un oiseau sur sa joue
ou une abeille intelligente
dessine pres de l’epaule

pour qu’a la vue des jambes blanches
avec l’hiver dans les cheveux
et l’automne dans les yeux
je creve de bonheur

et le visage de la jeunesse
et le ruisseau de la gentillesse
que je chante du creux de tes mains
et que je boive enfin

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS

* * *
Que les fleurs sont pures
que la rancune est claire
comme un mineral et un rossignol
comme une prediction de David

que la destinee diseuse d’aventures est jeune
tsigane, sirene, malheur
et on ne regrette pas le c?ur ardent
et la raison en robe de honte

mais le blanc tremble
et se tisse sur du vert
et la musique court
par petits vaisseaux sur les pentes
et chanter, respirer, etre

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS

* * *
Khlebnikov est notre manuel
recueil de plantes medicinales.
Seulement ils ne nous aimaient pas, -
Et ont tue le professeur.

Nous, les enfants, nous ramassons les scarabees,
Tout d’un coup on voit : V. Khlebnikov.
Nous tenons vers lui nos bras : Velimir !
Et lui reste muet : Soyez humains

Traduit du russe par Ioulia Shukan
RUS


* * *
   A Victor Kopytko

Que Dieu protege les patineurs -
ces enfants courants,
essayant de rattraper le c?ur,
rempli de Toi.

Traduit du russe par Ioulia Shukan


Que Dieu protege les patineurs
Ces enfants qui courent
A la poursuite du coeur
Rempli de Toi a ras bords.

Traduit du russe par Olga Manakina
RUS

* * *
sois plus forte que moi, reprends-moi de la ou je suis
prends-moi dans tes bras, eloigne-moi, assouvis

la blessure cruelle, dans une flamme blanche, porte-la-moi
creuse une cavite, preleves-y une ame, sauve-la

en malheur appuie, attifant en sel, eblouis
par la mer fais fuire, implore au sang et expie

un dimanche matin, un matin tout bleu croise-moi ;
demande-moi ou sont ennui hivernal et chagrin.

Traduit du russe par Marina Abelskaia
RUS

* * *
   A Elena Frolova

Qui sont donc ces gens
Qui vivent bizarrement –
Eux ne boivent pas d’eau
Ni ne machent de pain.
Ils ne vont pas en visite,
Ni ton amour ne quetent –
Ils beuglent de mechancete,
De leur propre ferocite.

Ainsi qu’un pelerin divin,
Un baton, un baluchon –
De la vallee je suis un vagabond,
Parcourant du relief les heurts,
Je soupire apres ma cherie
Comme mon ame pleure –
Ils ne sont pas en choeur,
Ces deux rossignols gris.

Il fait froid ici-bas
On redoute d’avancer
Et les betes affamees
Sont debout sur le sentier.
Vierge eploree des demunis,
Garde-moi sous ta coupe,
Epargne-moi les coups.
S’abattenent des torrents de petite pluie...

Petite mere un cri poussera,
Et pere tressaillira,
Lorsqu’en terre etrangere,
Enfin la mort me trouvera.
Dans le cimetiere villageois glace
L’aube se leve a mi-ciel.
Ces os familiers,
La terre-mere humide les engloutira.

Traduit du russe par Eve Sorin
RUS

* * *
Dans le souterrain sur le sol noir
Est assise ma blanche maman
Et ses regards inoffensifs et temeraires
Sont poses sur les pauvres passants.

Quelqu’un un kopeck lui tend –
Au moins, ce n’est ni un faux-jeton, ni un truand.
Le chant de ma blanche maman
Est destine aux gentils passants.

Je joue aux pieds de ma maman,
Ainsi que maman, je luis, nu comme un ver.
Et sur les epaules des passants
La neige se libere.

Quelqu’un un kopeck lui tend –
Au moins, ce n’est ni un faux-jeton, ni un truand.
Le chant de ma blanche maman
Est destine aux gentils passants.

Dans le souterrain sur notre sol a nous
Nous allons encore rester assis,
Tout en consolant les passants,
Et puis, nous mangerons, une fois partis.

Le chant de ma pauvre maman
Est destine aux gentils passants.
Quelqu’un un kopeck nous tend –
Au moins ce n’est ni un faux-jeton, ni un truand.

Traduit du russe par Eve Sorin
RUS

* * *
   A Ania

Tel un petit poisson,
Un petit sourire polisson
Flotte sur ton visage.
Il te va a ravir.

Tel un petit poisson,
Nous n’avons pas attrape
Ton petit sourire a l’hamecon,
Nous nous sommes soucies de l’abreuver

D’un doux regard sans detour,
Pareil a du raisin sucre
Et, pour le souvenir,
Pour aimer a en mourir –

Tel un petit poisson,
Ce petit sourire polisson,
Nous nous sommes mis a dessiner,
Comme pour y deposer un baiser.

Traduit du russe par Eve Sorin
RUS